
Eglise Sainte Marie
place Pierre Gabard64110 Jurançon
Trois voix, un seul chant : ainsi pourrait-on résumer le pari de ce concert, qui convoque Mendelssohn, Franck et Fauré comme on convoquerait une trinité — non par dogme, mais par la grâce d’un chiffre qui, en musique comme en architecture, dit l’unité dans la pluralité. Trois compositeurs, trois tempéraments, une même quête d’élévation.
Le choix n’est pas anodin en cette année où les Journées Européennes du Patrimoine placent le continent sous le signe du « Patrimoine en péril : raviver, résister, réinventer ». Felix Mendelssohn, né à Hambourg, incarne le classicisme allemand retrouvé : celui qui redécouvrit la Passion selon saint Matthieu et permit la renaissance de Bach au XIXe siècle réinvente ici l’héritage baroque à la lumière du romantisme naissant. César Franck, né à Liège avant de faire toute sa carrière en France, est cette figure de passeur entre les écoles, belge de naissance et français d’adoption. Fauré, enfin, ferme la marche comme la voix française de ce trio, avec son Requiem — œuvre de douceur et de consolation plus que de jugement, que l’ensemble vocal Ephiméros interprétera ce dimanche. Trois nationalités, trois langues musicales, une seule Europe du sacré.
Ce dialogue européen trouve un écrin à sa mesure dans l’église Sainte Marie de Jurançon, édifiée entre 1860 et 1884. Ses cinq travées, sa nef centrale flanquée de deux bas-côtés et son chœur à trois pans rythment l’espace comme une partition de pierre ; ses voûtes en berceau et arêtes répondent en écho aux voix qui s’y élèveront, tandis que son clocher octogonal, coiffé d’un toit d’ardoises, semble monter vers le ciel avec la même patience qu’une ligne mélodique en quête de résolution. La maçonnerie de galets enduits, rehaussée de pierre de taille aux chaînages et aux encadrements, dit la sobriété d’un art de bâtir profondément ancré dans le terroir.
Et ce thème du péril trouve, à Jurançon, une résonance qui dépasse la métaphore. Cette même église a connu une fermeture pour raisons de sécurité, sa toiture et sa charpente menaçant ruine. Grâce aux travaux financés par la Ville de Jurançon, l’église a pu rouvrir ses portes et accueillir à nouveau les voix sous ses voûtes retrouvées. C’est à ce mouvement de sauvegarde que s’associe l’association Le Toit du Chœur, organisatrice de ce concert : par le mécénat et la collecte de fonds, elle œuvre à soutenir la commune dans le financement de la restauration de ce patrimoine spirituel.
Chanter ce dimanche sous ce toit retrouvé, c’est donc célébrer, dans le geste même du concert, ce que les Journées Européennes du Patrimoine appellent de leurs vœux: raviver un lieu, résister à l’oubli, et réinventer, par la musique, la manière dont un patrimoine menacé peut redevenir vivant.